Sivananda, le gourou visionnaire

par | Avr 12, 2019

Le yoga proposé lors des retraites Dhyana Ananda est principalement le Yoga Sivananda. Ce yoga fut transmis en Amérique du Nord par Swami Vishnu Devananda, disciple direct de Swami Sivananda Saraswati (1887-1963) à la fin des années 1950.

Sivananda est une figure majeure du yoga indien du XXe siècle.  Il eut à cœur la démocratisation du yoga et sa diffusion à travers le monde. Il apparaît aujourd’hui comme un visionnaire qui a su porter le yoga dans la modernité. Il a mis au point une forme de yoga complet et accessible à tous appelé « le yoga de la synthèse » qui simplifiait et combinait divers courants du yoga.

 

Directeur d’un hôpital en Malaisie

Issu d’une famille de brahmanes orthodoxes, Swami Sivananda est né en 1887 dans un village du Tamil Nadu, sous le nom de Kupuswami Iyer. Il aurait eu dès son enfance les attributs de la sainteté et est décrit comme généreux, aimant, dévoué et intelligent. Il choisit d’étudier la médecine afin de pouvoir aider les autres et il se forma à la médecine occidentale. Ses aptitudes en éducation physique, particulièrement en gymnastique, auguraient de sa future maîtrise du yoga.

En 1913, on lui propose de diriger un hôpital en Malaisie sur une plantation de caoutchouc. Il accepte l’offre et s’expatrie pour neuf années. Là-bas, il se fit connaître pour son ardeur au travail et ses talents de guérisseur exceptionnels.

« Hopeless cases came to him, but success was sure. Everywhere people declared that he had a special gift from God for miraculous cures effected in the patients and acclaimed him as a very kind and sympathetic doctor with charming and majestic personality. » (McKean, 1996, p.171).

Durant cette période de sa vie, le beau et jeune docteur est décrit comme un dandy qui aimait porter des vêtements de luxe, des chaînes et des bagues en or. Mais malgré cela, il n’avait rien d’un matérialiste avide. Les gens l’appelaient affectueusement  « The Heart of Love ». Il traitait gratuitement les patients pauvres,  les Sannyasins, les Saddhus et les mendiants et et leur donnait de la nourriture et des médicaments.  Il soigna un jour un Saddhu qui lui offrit en retour un livre de Satchidananda. La spiritualité dormante de Sivananda se réveilla alors. Il se mit à étudier les auteurs hindous comme Shankaracharya, Rama Tirtha ou Vivekananda et les textes classiques comme le Mahabarata et le Ramayana. Il étudia aussi la Bible et la littérature de la Société de théosophie. En dépit d’un emploi du temps chargé, il pratiquait son yoga et chantait des hymnes dévotionnels sur une base régulière.

 

Sept années d’ascèse

Après avoir purifié son cœur pendant ses longues années de service, Sivananda se sentit prêt à abandonner sa pratique lucrative. En 1922, il retourne à Madras, et de là fait un pèlerinage qui le mènera notamment à Bénarès.  En 1924, il arrive à Rishikesh  qui est aujourd’hui  la Mecque du Yoga. À cette époque, ce n’était qu’une toute petite ville.  Sivananda y rencontre Swami Vishvananda qui l’initie à l’ordre des Sannyasins (ordre de renonçants) et lui attribue le nom spirituel de Swami Sivananda Saraswati. C’est là le seul rôle que joua Swami Vishvananda dans sa vie.

Sivananda s’installa à Rishikesh, à l’ashram Swarg , dans une « hutte infestée par les scorpions » et commença une vie d’ascète dans le silence, la méditation, l’étude des écritures sacrées et la pratique de toutes les formes de yoga. Il s’occupait aussi des Saddhus dans le besoin, mendiant la nourriture pour eux et portant les malades sur son dos pour les emmener à l’hôpital.

Il écrivit à cette époque, sur ses carnets de notes ses « self-instructions » qui serviront plus tard de lignes directrices pour les aspirants spirituels. Il fallait abandonner le sel, le sucre, les épices et les légumes. Il recommandait de servir les Intouchables et les mendiants, de nettoyer les excréments et de laver les vêtements des Saddhus. Il insiste sur les vertus de la bonté, de la compassion, du pardon et de l’amour. Il invite à cultiver les bonnes manières, à avoir un bon comportement, de la noblesse, à être gentil et doux et à ne jamais se montrer grossier, dur ou cruel. De suivre de tels instructions supporte et renforce le pratiquant dans son cheminement spirituel

Ces sept années d’intense Sadhana portèrent leurs fruits puisque Sivananda finit par atteindre la réalisation du Soi ou Moksha, c’est-à-dire la fusion de l’âme individuelle (Atman) avec la conscience cosmique (Brahman).

 

Les premiers disciples

Après sa Réalisation, Sivananda prit le bâton du pèlerin et parcourut l’Inde de long en large en donnant des conférences et en dirigeant des bhajans et revint ensuite à Rishikesh. Des disciples ont commencé à l’approcher et à la lin des années 1920, un groupe permanent de jeunes étudiants le suivaientEn 1933, Sivananda fonda la « Swarg Ashram Sadhu Sangha » qui fut sa première tentative d’organisation structurée. L’année suivante il traverse le Gange avec ses disciples pour s’installer dans une étable abandonnée sur l’autre rive du fleuve et y développer une petite communauté.

Sa personnalité charismatique attira par la suite des disciples de plus en plus nombreux et l’étable devint un ashram. Les disciples étaient surtout des Indiens mais il y avait parfois quelques étrangers parmi lesquels nous retrouvons à la fin des années trente le philosophe et historien des religions alors jeune doctorant Mircéa Éliade (1907-1986) qui passa six mois auprès du Maître. Par la suite, ses publications contribueront au rayonnement du yoga à travers le monde. Il y eut aussi les « disciples postaux » formés par correspondance, comme le disciple allemand d’origine russe, Boris Sacharow qui reçut le titre honorifique de Yogiraj. Il ouvrit le premier centre de yoga en Allemagne sans jamais avoir voyagé en Inde ni rencontré Sivananda. Ce centre joua d’ailleurs un rôle majeur dans le développement du Yoga en Europe jusqu’au milieu des années 90 (Strauss 2005).

 

La Divine Life Society

 La Divine Life Society au bord du Gange[/caption]En 1936, Swami Sivananda fonda la Divine Life Society (DLS), une organisation dont la mission principale était la promotion du yoga et de la spiritualité à travers les livres, les pamphlets, les conférences, la création de centres de yoga et d’œuvres caritatives. À travers cet organisme, Sivananda voulait réveiller les consciences face au développement du matérialiste et de son impact négatif sur les comportements et la santé des individus.

La Divine Life Society a vu le jour alors que Sivananda faisait une tournée au Punjab. Il avait conduit pendant une semaine une session de chanting qui consistait à répéter en continu le mantra Hari Nam. Dans cette atmosphère d’extase sacrée, Sivananda pensa soudain à son « Postal Cash Certificates » de 5000 roupies, une somme qu’il tirait d’une assurance. Il n’en avait utilisé jusque-là que les intérêts pour acheter de la nourriture et des médicaments aux Saddhus ; il prit ce jour-là la décision d’utiliser le capital de la meilleure façon possible pour servir le monde à une échelle plus large. Après avoir consulté un dévot avocat, il constitua et enregistra la Divine Life Society Trust comme entité légale de la Divine Life Society.

Les enseignements de Sivananda sont fondés sur la « quintessence des enseignements de toutes les religions et de tous les Saints et prophètes du monde ». Définie comme une « all-embrassive and all-inclusive Institution », la Divine Life intègre et synthétise les principes de toutes les religions et cultes, sans dogmes ni principes sectaires. Sivananda appelle les gens à revenir sur le chemin spirituel et leur offre la possibilité de rester en contact avec la Vie Divine (Divine Life)  tout en vivant dans le monde et en continuant à pratiquer éventuellement une autre religion.  Cette posture réfère au concept de Jivanmukhta. Les aspirants spirituels n’ont pas forcément besoin de se retirer du monde, de renoncer à se marier et à faire des enfants, Jivanmukhta permet de concilier la vie sociale et la pratique du yoga. Par cette approche, les individus peuvent naviguer dans la modernité sans sombrer dans le matérialisme en gardant le lien avec la tradition.

Sivananda déclare que la Divine Life Society est une organisation purement spirituelle qui n’a aucun intérêt à la politique, qu’elle n’a ni doctrine secrète, ni cercles fermés et rien d’ésotérique. Il déclare aussi que la pratique du yoga est importante non seulement pour la santé physique et spirituelle des individus, mais aussi pour la santé de la nation indienne et finalement pour l’ensemble de la planète.

 

Le yoga pour tous

La Divine Life Society insiste particulièrement sur le fait que les enseignements spirituels ne sont pas « la propriété privée des Sannyasins. Tout individu doit pouvoir y accéder, quel que soit son statut, qu’il soit Brahamane ou Intouchable, homme du monde ou renonçant. Rendre les enseignements spirituels accessibles à tous est ainsi la priorité de la Divine Life. Les enseignements s’adressent à tous tous. Ils sont présentés de manière rationnelle et scientifique dans le « yoga de la synthèse ».

Une des activités principales de la Divine Life était la production et la distribution de publications sur les enseignements de Sivananda qu’elle répandait à travers toute l’Inde sous formes de pamphlets et de livres. Sivananda équipa la Divine Life Society d’une imprimerie pour publier les quelque 300 livres qu’il écrivit en anglais afin de pouvoir être lu par le plus de gens possible. L’ensemble des activités de la Divine Life Society fit connaître les enseignements de Sivananda à travers toute l’Inde et au-delà, ce qui contribua par voie de conséquence à la croissance de l’organisation.

 

Un rayonnement international

En 1940, Sivananda avait déjà ordonné plus de 200 disciples devenus sannyasins (renonçants) ou brahmacharyas (voeux de célibat). Ceux-ci supportaient la mission de Sivananda par le karma yoga (service désintéressé) aux cuisines, à l’imprimerie, au courrier, à la clinique, etc.  Bon nombre de ces disciples et aspirants avaient été à l’université et avaient pour la plupart été éduqués en anglais qui était la langue d’usage à la Divine Life Society.

Sivananda attirait aussi des personnes plus âgés qui avaient brillamment réussi, comme des avocats, des médecins, des hommes d’affaires, ou des fonctionnaires qui voulaient se retirer à l’ashram. Les jeunes disciples pouvaient ainsi développer toutes de sortes de compétences et en même temps développer un réseau relationnel qui sera plus tard utile à ceux qui développeront leur propre organisation ou des antennes de la Divine Life ailleurs.

Si Sivananda ne quitta plus jamais l’Inde après son retour de Malaisie, il envoya une dizaine de ses plus brillants disciples à travers le monde en vue d’y répandre la bonne parole et contribuer au rayonnement international de ses enseignements, mais aussi au rayonnement de l’Inde comme phare spirituel dans le monde. Les organisations que ses disciples ont essaimé à travers le monde sont de véritables embassade de l’Inde et des vitrine de la culture indienne.

Lorsqu’il quitta ce monde (Mahasamadhi) en 1963, Sivananda avait pleinement accompli sa mission. Le yoga est pratiqué aujourd’hui dans le monde entier parce qu’une intention de diffusion est partie de l’Inde il y a une soixantaine d’années. C’est Sivananda qui a donné le coup d’envoi. De nombreuses autres écoles de yoga ont emprunté par la suite la voie tracée par les disciples qu’il avait envoyé en mission aux quatre coins de la planète.

Om Bolo Sat Guru Sivananda Maharaj Ji Ki! Jaya!

Une partie des œuvres de Sivananda est disponible en ligne sur le site de la Divine Life Society

 

Ci-dessus, une vidéo sur le Mahasamadhi (la mort) de Swami Sivananda.

Sources :

McKean, Lise, 1996, Divine Enterprise: Gurus and the Hindu Nationalist Movement, Chicago & Londres, The University of Chicago Press

Strauss, Sarah, 2005, Positionning Yoga, Balancing Acts Across Cultures, Oxford, Berg.

Swami Sivananda, 1999 (1947), All About Hindouism, World Wide Web Edition: http://www.dlshq.org/ reprint is for free distribution, published by The Divine Life Society, Sivanandanagar.

Divine Life Society, 1987, The Mas, His Mission, and His Work: Swami Sivananda Birth Centenary Volume,  Sivanandanagar, The Divine Life Society,.

 

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