L’Advaita Vedanta ou la non dualité de la réalité

par | Avr 16, 2019

Le yoga Sivananda se réclame la tradition de l’Advaita Vedanta. Il s’agit d’un courant de l’hindouisme fondé par Adi Shankaracharya (VIIe-VIIIe siècle ap. J.-C.) qui se résume par la devise : « unité dans la diversité ». L’un se manifeste sous la pluralité des formes. Le but suprême est la libération (Moksha) qui se réalise lorsque l’âme individuelle (Atman) fusionne avec l’âme universelle (Brahman). Pour comprendre ce qu’est le yoga Sivananda, il faut donc s’intéresser en premier lieu à l’hindouisme.

L’hindouisme

Le mot « hindou » désignait à l’origine le peuple qui vivait au-delà du fleuve Indus. Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que les Occidentaux l’ont utilisé pour désigner les pratiquants de la religion majoritaire en Inde. Jusqu’à une période récente, les hindous eux-mêmes n’employaient pas ce terme pour désigner leur appartenance religieuse.
L’hindouisme a ceci de particulier qu’il n’a ni Église, ni dogme, ni structure ecclésiastique ou organisation centralisée. Les temples sont des lieux de cultes indépendants les uns des autres et la relation à la religion est une affaire privée. Ainsi l’hindouisme ne se présente pas comme une entité homogène mais comme un foisonnement de traditions ; celles-ci s’influencent les unes les autres depuis des siècles de façon organique et harmonieuse. À l’intérieur-même de chaque tradition existe une grande diversité de courants et chaque faction religieuse est une culture en soi, ce qui fait dire à certains auteurs que l’hindouisme est une « collection de religions ». Toutefois, tous ces courants ont en commun qu’ils se fondent sur leur compréhension des Védas, textes sacrés issus de la traditions orale dont les premières transcriptions datent de plus de 3500 ans.

Une autre particularité de l’hindouisme est qu’il s’est formé par strates successives. Il a en effet traversé les millénaires en intégrant les nouveaux concepts métaphysiques apparus au fil de l’histoire indienne tout en conservant ou en recyclant les anciens concepts. L’hindouisme a donc des qualités adaptatives et englobantes qui lui ont permis de perdurer et de garder sa vitalité dans le monde contemporain. C’est aujourd’hui la troisième religion la plus pratiquée au monde après le christianisme et l’islam.

Les Upanishads

Au fondement de l’hindouisme, nous trouvons donc les Védas,  textes sacrés qui existeraient depuis toujours et qui sont identifiés comme « Shrutis » ou « savoirs révélés ». Ce sont quatre corpus de textes (Rig, Yajur, Sama et Atharva) que l’on désigne sous le terme Samhitas et auxquels se rattachent trois autres séries de textes :

  • les Brahmanas qui décrivent de façon minutieuse les rituels et incantations magiques et sont adressés à l’intention des prêtres ou Brahmanes.
  • les Aranyakas  qui sont un recueil de contemplations spirituelles et de spéculations métaphysiques rapportées par les sages partis dans la forêts pour explorer la nature de la réalité.
  • les Upanishads  qui sont des poèmes métaphysiques. Ils rendent compte de la vision de l’univers née des plus profondes médiations des sages de l’Inde ancienne et exposent la nature non duelle du cosmos (Advaita).

Arrivant à la toute fin du corpus des Védas, les Upanishads sont désignées aussi sous le nom de Vedanta, soit littéralement « la fin des Védas ».  On ne sait rien sur leurs auteurs ni sur leur histoire. Comme tous les textes hindous, il est certain qu’elles ont d’abord été transmises oralement de générations en générations avant d’avoir été transcrites en sanscrit classique quelque part entre 600 et 400 ans av. J.-C.

Les Upanishads décrivent le Soi ou Atman comme étant notre réalité ultime. Atman est simultanément une partie de la création et sa manifestation ; Atman est  donc Brahman (l’âme universelle) (ayam atma brahman). Dans l’absolu, le Soi ne peut être nommé ni défini puisque dès lors qu’il est décrit, son infinitude se retrouve circonscrite. Les Upanishads décrivent l’apparente multiplicité du monde comme une illusion (Maya). Une fois que l’ego et les sens sont apaisés par la pratique de la méditation profonde, le vrai Soi se réalise au-delà de Maya. Cette réalisation du Soi est une expérience au cours de laquelle tombent toutes les catégories et différenciations humaines produites par l’illusion (Maya). Au moment de l’identification non duelle (Advaita) avec la conscience suprême (Brahmane), une béatitude infinie est ressentie. Cette béatitude est une des caractéristiques de notre véritable nature.

Avec les Upanishads se produit un réel changement de paradigme. La pratique ascétique prend le dessus.  Les hommes renoncent au monde et partent dans la forêt pour voir au-delà du réel et trouver la libération (Moksha) qui devient la quête ultime.

Les Upanishads ont été depuis leur existence le pivot de la réflexion philosophique hindoue. Avec le Brahma Sutra et la Bhagavad Gita apparus  plus tard, elles forment les trois piliers du système philosophique hindou.

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* Bien que située à proximité de l’ashram et se réclamant de l’héritage de Sivananda, Dhyana Ananda n’en demeure pas moins une petite structure indépendante qu’il ne faut pas confondre avec l’organisation International Sivananda Yoga Vedanta Centres fondée par Swami Devananda et dont le siège social est situé à l’ashram de Val-Morin.


Sources

Pavan K. Varma, 2018, Adi Shankaracharya. Hinduism’s Greatest Thinker, Chennai, Tranquebar Press.

Gonda, Jan, 1985, Les religions de l’Inde (tome II); L’hindouisme récent. Paris, Payot.

Swami Sivananda, 1999 (1947), All About Hindouism, World Wide Web Edition: http://www.dlshq.org/ reprint is for free distribution, published by The Divine Life Society, Sivanandanagar,

 

 

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