Un rituel venu du Sri Lanka

Tous les ans en juillet se déroule le Kavaadi aux alentours de l’ashram Sivananda de Val-Morin. Cette année le festival aura lieu de 21 juillet. Il s’agit d’une procession hindouiste très importante pour la communauté tamoule sri lankaise. Elle marque la victoire du dieu Subramanya sur les démons. Ce jour-là, Val-Morin change de physionomie. Des milliers de Tamouls (environ 15 000) arrivent de Montréal, de Toronto, mais aussi d’autres provinces canadiennes, des États-Unis et même d’Europe pour assister à cet événement. La procession part du temple Subramanya Ayyappa vers neuf heures pour se déployer sur la rue qui mène à l’ashram et revenir ensuite à son point de départ vers quatre heures de l’après-midi.

La procession met en scène des musiciens, des danseurs et plusieurs chars tirés à bras. Au moins une trentaine d’hommes, si ce n’est souvent plus, vêtus du lungi traditionnel (sarong indien) dansent pieds nus sur l’asphalte brûlant. De multiples crochets sont plantés dans leur dos, transperçant les muscles et la peau. À chaque crochet est attaché une petite ficelle et l’ensemble des ficelles est tiré par un comparse qui danse lui aussi. Les danseurs portent sur leurs épaules une sorte de socle en bois peint en forme d’arche décoré de plumes de paons qui a pour nom Kavaadi – d’où le nom de la procession. Cet objet est considéré comme étant un puissant conducteur d’énergie spirituelle.

Mais le clou de la cérémonie, ce sont les chars. Des hommes – un par char – sont suspendus à un mât horizontal avec des chaînes arrimées au corps par des crochets qui leur traversent les mollets, les bras et le dos. Le mât actionné par une poulie monte et descend tandis que le martyr accompagne ce mouvement en agitant les bras comme s’il était un oiseau, donnant ainsi l’impression de voler. Plusieurs chars sont ainsi aménagés, cela peut aller jusqu’à cinq. La plupart des danseurs et les hommes suspendus aux mâts ont des tiges de métal coupant qui leur traverse les joues de part en part de la bouche, en passant juste au-dessus de la langue. Ces mortifications durent toute la journée, souvent sous un soleil de plomb.

La procession chemine lentement dans la rue qui va du temple à l’ashram en faisant de nombreuses poses. L’assistance tamoule suit la procession ­­­ou se place le long de la route. Les femmes et les petites filles sont vêtues de saris aux couleurs chatoyantes. La clientèle de l’ashram assiste elle aussi à la procession ainsi que quelques locaux. Certains habitants des maisons situées sur le parcours s’installent sur des chaises, boivent du vin ou de la bière et regardent la procession passer. À plusieurs points du parcours, des stands financés par des sponsors tamouls distribuent gratuitement des boissons et de la nourriture.

À la fin de la journée, les martyrs se défont de leurs crochets, sortent de leur transe sans la moindre égratignure et vaquent à leur affaires comme si de rien n’était. Ces hommes tirent un grand prestige de ces mortifications qui profitent à toute la communauté.  L’aspect transcendantal est aussi important si ce n’est plus que celui de la pénitence. C’est une manifestation de grand courage qui rapproche de Dieu et purifie de karma de toute la communauté. Ces rites évoquent la danse du soleil des Amérindiens qui se transpercent la poitrine avec des crochets et se suspendent à un poteau.

Le lien entre le temple Subramanya Ayyappa et l’ashram Sivananda

Si le Kavaadi marque le pic des activités du temple Subramanya Ayyappa, celui-ci n’en demeure pas moins un lieu plein de vie durant toute la saison d’ouverture qui va d’avril à novembre. Les fins de semaine, des installations à l’extérieur du temple permettent aux familles de cuisiner dans de gros chaudrons sur des feux de bois de la nourriture qu’elles offrent de bon cœur à qui veut. Il y a partout des fleurs, des fruits, de l’encens, de la musique, les femmes et les petites filles portent leurs saris. L’ Inde est arrivée à Val-Morin.

Le temple Subramanya Ayyappa est situé en haut d’une colline, à quinze minutes environ de marche des bâtiments de l’ashram, en empruntant un chemin aménagé à travers la forêt, « le chemin de la paix ».  Mais bien que le temple fasse partie de l’ashram et se situe sur son territoire, il constitue cependant une entité administrative distincte avec une clientèle distincte. Les Tamouls y viennent pour invoquer leurs dieux et reproduire leur environnement culturel et communautaire natal, mais ils ne font pas de yoga. Ils ne sont pas clients de l’ashram, ce qui n’empêche pas qu’à l’occasion quelques familles tamoules descendent le visiter.

De son côté, l’ashram est fréquenté par une clientèle cosmopolite composée en majorité de Blancs occidentaux de tous pays et toutes confessions qui viennent avant tout pour pratiquer le yoga. À l’occasion, quelques-uns monteront par curiosité jusqu’au temple et assisteront aux rituels tamouls dont le sens leur demeure hermétique car ils sont très différents des rituels pratiqués par les Occidentaux.
On s’aperçoit que les cosmopolites qui s’aventurent jusqu’au temple sont aussi visibles que les Tamouls qui visitent l’ashram.  Il se crée ainsi une sorte de symétrie entre les deux populations qui est représentative de leur interaction. Il s’agit d’une interaction courtoise, avec un fond de curiosité pour l’Autre, et peut-être aussi une certaine timidité – on ne sait pas trop comment aborder cet Autre. Ce qui reste important pour les Tamouls, c’est de pratiquer leurs rituels et pour les cosmopolites de pratiquer le yoga.L’Autre n’est finalement là que par hasard.

La petite histoire de la construction du temple Subramanya Ayyappa

La construction du temple qui résulte d’un concours de circonstance et d’une convergence d’intérêts. En effet, dans les années 1980, la communauté tamoule réfugiée à Montréal cherchait un lieu pour le Kavaadi qui est pour eux le rituel le plus important de l’année. Faire vivre ce rituel était nécessaire au maintien de la cohésion sociale de cette communauté traumatisée par une guerre civile d’une violence extrême qui ravagea le Sri Lanka dans les années 1980.

Swami Devananda, le fondateur de l’ashram (1927-1993) vint à leur rescousse en leur offrant d’héberger le Kavaadi sur son territoire.  Au début confidentiel, le Kavaadi prit rapidement de l’ampleur car c’était alors le seul endroit en Amérique du Nord où se tenait cet événement. Les Tamouls arrivèrent de partout. Le Kavaadi déborda donc du terrain de l’ashram et prit de la visibilité. Les organisateurs ne savaient pas trop comment ce débordement serait perçu par les autorités et la population locale; il fallait y aller pas à pas. Mais à leur étonnement ils ne rencontrèrent aucune opposition au déploiement de la procession. La Sûreté du Québec prit d’elle-même l’initiative de régler la circulation et la procession a ainsi pu se faire ouvertement dans la rue. Elle prenait alors tout son sens puisque le principe est de transporter les dieux auprès des personnes qui ne peuvent se déplacer. Ainsi les dieux du panthéon hindou ont commencé à visiter les habitants de Val-Morin et à s’ancrer sur leur nouveau territoire.

Au fil du temps, les Tamouls ont ressenti la nécessité de construire un temple pour enraciner leurs rites. De son côté, Swami Devananda caressait depuis longtemps le rêve de construire un vrai temple pour parachever son œuvre et amener la protection des dieux sur l’ashram. Le Kavaadi tombait à point nommé car il amenait une manne ; en effet les dons en argent pleuvent ce jour-là. Il amenait aussi une population toute désignée pour pratiquer des rituels authentiques. C’est ainsi qu’avec l’argent du Kavaadi, la présence des pèlerins tamouls, beaucoup de bonne volonté et l’huile de coude des karmas yogi de l’ashram, le temple vit le jour. Il fut inauguré en 1994, quelques mois après la mort de Swami Devananda.

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